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jeudi 3 février 2011

Egypte: le pouvoir tente de reprendre l'initiative, la révolte se poursuit

http://www.elwatan.com/depeches/egypte-le-pouvoir-tente-de-reprendre-l-initiative-la-revolte-se-poursuit-31-01-2011-110044_167.php


le 31.01.11 | 13h46

Le pouvoir égyptien, soufflant le chaud et le froid, a rejeté l'appel à un départ immédiat du président Hosni Moubarak tout en proposant un dialogue aux islamistes, mais les manifestants restaient déterminés à aller de l'avant dans leur contestation malgré les violences.
A la veille de manifestations de masse qualifiées de "Jour du Départ", des heurts ont repris entre partisans et opposants au régime sur la place Tahrir, épicentre de la contestation au Caire, près de laquelle un étranger a été battu à mort selon des témoins et des services de secours.
Des milliers de manifestants hostiles à M. Moubarak étaient massés sur la place au 10e jour d'une contestation qui risque de plonger l'Egypte dans le chaos, au moment où aucune télévision ne diffusait plus d'images en direct depuis la place Tahrir, probablement en raison des intimidations des autorités.
Face à la situation alarmante, la communauté internationale, qui ne cesse d'appeler à l'arrêt des violences et à une transition immédiate et en douceur du pouvoir, continue d'aider ses ressortissants à quitter le pays.
Le vice-président Omar Souleimane, dont le poste vient d'être créé par M. Moubarak, a affirmé que les Frères musulmans, principale force d'opposition et bête noire du régime, avaient été pour la première fois invités à participer au dialogue entre le pouvoir et l'opposition mais qu'"ils hésitent".
Mais il a aussi exhorté les manifestants à quitter la place Tahrir et estimé que l'exigence d'un départ sans délai de M. Moubarak était "un appel au chaos", dans une interview à la télévision nationale. M. Souleimane a jugé que les violences entre pro et anti-régime étaient le résultat "d'un complot" fomenté par des gens en Egypte même ou à l'étranger.
Avant lui, le Premier ministre Ahmad Chafic a présenté ses "excuses" et promis une enquête sur les heurts des dernières 24 heures, ayant fait au moins 5 morts et plus de 830 blessés selon un bilan officiel, le pouvoir ayant été accusé d'avoir orchestré la manifestation de ses partisans qui se sont affrontés avec les protestataires.
En fin d'après-midi et malgré le couvre-feu nocturne, quelque 300 partisans du régime armés de matraques, de couteaux et certains de pistolets, interdisaient l'entrée et filtraient les sorties du pont Al Gala, pour empêcher les opposants retranchés place Tahrir de recevoir renforts ou ravitaillement.
Ils obéissent à des chefs qui donnent les ordres et galvanisent leur troupe, selon un journaliste de l'AFP sur place. Quiconque tente de franchir leur barrage, constitué de barrières métalliques menant à la place Tahrir est accueilli par des insultes. "C'est interdit ! On coupe la tête de celui qui va par là", hurle l'un d'eux. Il brandit un couteau de cuisine.
Un jeune homme insiste pour passer avec un sac de provisions. Le ton monte, on le bouscule. Il renonce après la première gifle. Deux hommes le prennent par l'épaule et l'éloignent.
L'armée, épine dorsale du régime, surveille sans intervenir. Elle n'est intervenue que rarement pour disperser les protagonistes ou tenter de sauver les personnes agressées.
Une trentaine de partisans du régime sont réapparus sur le pont 6 octobre d'où ils peuvent lancer des pierres et des bouteilles incendiaires sur les protestataires anti-Moubarak.
Des partisans du régime jettent des cocktail molotov alors que des coups de feu sporadiques étaient entendus. Quelque 150 jeunes hommes ramassaient des pierres sur un terrain vague pour les amener sur les lieux des heurts.
Des pavés et des bordures en pierre ont été utilisés comme projectiles et des barricades ont été érigées.
De nombreux journalistes étrangers ont fait l'objet de violences au Caire, certains ayant été battus ou arrêtés. La Maison Blanche a jugé "totalement inacceptables" les attaques "systématiques" contre les journalistes.
Dans une banlieue du Caire, un hypermarché Hyper One était en feu et les clients ont cassé les fenêtres pour s'échapper, selon les témoins. Des pillages avaient eu lieu aux premiers jours de la contestation.
Dix jours après que l'Egypte a basculé dans la révolte -faisant 300 morts la première semaine selon l'ONU-, les manifestants, la principale coalition d'opposition et les groupes de jeunes militants initiateurs de la contestation rejettent le dialogue, tant que M. Moubarak reste au pouvoir.
Au pouvoir depuis 29 ans, M. Moubarak, 82 ans, accusé de tous les maux dans ce pays de 80 millions d'habitants -pauvreté, chômage, privation de libertés et régime policier, a annoncé mardi qu'il restait au pouvoir mais qu'il ne briguerait pas un sixième mandat à la présidentielle de septembre.
Il a aussi créé un poste de vice-président et a limogé l'ex-cabinet, mais cela n'a pas satisfait l'opposition.
Les dirigeants occidentaux maintiennent la pression sur M. Moubarak en appelant à une transition immédiate du pouvoir, alors que le président américain Barack Obama a dit prier pour "des jours meilleurs" en Egypte.
Le pouvoir égyptien a rejeté ces "ingérences".

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