AUTOUR
mercredi 5 mars 2008
mercredi 27 février 2008
Confédération Européenne des Syndicats
Bruxelles, 26/02/2008
Lors de l'audition tenue aujourd'hui au Parlement européen sur les cas Laval et Viking, la Confédération européenne des syndicats (CES) a souligné que ces cas revêtaient une importance primordiale pour l'ensemble du monde syndical européen et pas uniquement pour les syndicats directement concernés en Suède/Lettonie et en Finlande/Estonie. L'Europe se doit d'agir rapidement pour réparer les dégâts.
La CES a appris du jugement de la Cour européenne de justice (CEJ) sur les cas Laval et Viking que le droit de grève est un droit fondamental ; mais pas aussi fondamental que les dispositions de l'UE sur la libre circulation. Notre droit fondamental a donc été "rétrogradé". La position de la CES a toujours consisté à défendre l'égalité des travailleurs migrants dans le respect des conditions du pays d'accueil. Aujourd'hui, nous sommes en présence d'une licence accordée au dumping social, certains éléments clés des systèmes nationaux de relations industrielles sont en passe d'être subordonnés aux dispositions sur la libre circulation.
John Monks, Secrétaire général de la CES, a déclaré : "Je le répète, cela est intolérable et je vous demande aujourd'hui d'entamer une action afin de réparer les dégâts. Les syndicats d'Europe sont profondément préoccupés par la défense de leurs systèmes nationaux - et nous risquons une réaction protectionniste. Bolkestein avait fait dérailler le traité constitutionnel de l'UE. Le cas Laval, notamment, pourrait porter atteinte à la ratification du Traité modificatif de l'UE au fur et à mesure que progresse la conscience de ses implications".
Qu'est-ce qui peut être fait pour réparer les dégâts ? Voici les propositions de la CES :
Premièrement, et sans attendre, nous devons prendre en considération une "clause pour le progrès social" à formuler anticipativement par rapport au Traité modificatif de l'UE (article 5(a)), cette clause stipulerait clairement que le Traité, et notamment ses libertés fondamentales, seront interprétés dans le respect des droits fondamentaux et notamment de l'action collective. Cette clause devrait également établir le droit des travailleurs et de leurs représentants d'entreprendre une action collective visant à élever leurs conditions de vie au-dessus des normes minimales. (Il existe un précédent relatif à cette procédure avec le traité d'Amsterdam, auquel le Chapitre relatif à l'emploi a été ultérieurement ajouté. La Clause Monti et la directive sur les services sont également des précédents).
Deuxièmement, la directive sur les travailleurs détachés devrait être renforcée de manière à ce qu'elle respecte ses objectifs initiaux en matière de protection des travailleurs. Nous devons réfléchir à la nécessité d'une révision.
Troisièmement, nous devons accélérer la mise en oeuvre de la directive sur les travailleurs intérimaires, bloquée en Conseil des ministres. Cette directive touche de très près à la mobilité et à l'immigration et le fait qu'elle contient le principe d'égalité de traitement pourrait persuader les syndicats que l'UE ne sera pas un vecteur du dumping social.
L'idée de l'Europe sociale en a pris un coup. Pour le dire sans détours, les actions des employeurs qui utilisent la liberté de circulation comme prétexte pour justifier des pratiques de dumping social oblige les syndicats à justifier, en dernière analyse devant un tribunal, les actions décidées pour contrer cette stratégie. Cela est tout à la fois anormal et dangereux. Anormal parce que le droit des travailleurs à l'égalité de traitement dans le pays d'accueil devrait être le principe directeur. Anormal parce que les syndicats devraient être autonomes. Et dangereux car cela renforce les critiques qui affirment depuis longtemps que l'Europe libérale finira par menacer les systèmes de protection sociale et de négociation collective - généralement d'excellente qualité -, mis en place depuis la deuxième guerre mondiale.
L'Europe doit se dépêcher de réparer les dégâts.
merci à l'ami qui m'a transmis ce communiqué
INTERMITTENTS Le collectif du 25-Février mobilisésur Vaucluse-matin le 26/02/08
Intermittents, précaires, personnalités politiques se sont rassemblés hier soir, à l'initiative de "Sud Culture", devant la mairie d'Avignon pour dénoncer les mesures «bureaucratiques» prises par le Gouvernement dans le secteur de la culture. Ils ont fêté dignement le 5e anniversaire du collectif du 25-Février, créé lors des "Hivernales" et qui après s'être structuré a rejoint la coordination nat
Intermittents, précaires, personnalités politiques se sont rassemblés hier soir, à l'initiative de "Sud Culture", devant la mairie d'Avignon pour dénoncer les mesures «bureaucratiques» prises par le Gouvernement dans le secteur de la culture. Ils ont fêté dignement le 5e anniversaire du collectif du 25-Février, créé lors des "Hivernales" et qui après s'être structuré a rejoint la coordination nat
Libellés : culture, pouvoir d'achat, travail
lundi 4 février 2008
sur le blog d'opposition municipale avignonnaise (http://www.boma.fr/ ) unbon billet en date du 2 février intitulé "Robin des bois à l'envers", que je reprends en surlignant simplement arbitrairement des passages au rythme de ma lectureL’économie est ainsi faite que l’on trouve toujours des chiffres permettant de nuancer un mauvais bilan. Si l’on regarde l’évolution du taux de chômage (chiffres INSEE) entre 2001 et 2007 dans les grandes villes du sud-est, on se rend compte que ce taux baisse partout, et il faut bien sûr s’en réjouir. Mais à Avignon (-13%), il baisse moins qu’ailleurs, à Nîmes (-21%), à Arles (-18%), à Montpellier (-24%), à Aix (-26%), Toulon (-31%), Marseille (-21%), Apt (-26%), Salon (-20%)… La plupart des villes équivalentes font deux fois mieux que nous, et les seules qui ont un pire bilan en matière de chômage sont Carpentras et Orange. Madame Roig fait mieux que Messieurs Andrieu (UMP) et Bompard (MPF), c'est tout à son honneur. Vite, une couronne de bronze pour la reine maire.
S’adresser un satisfecit, comme Marie Josée Roig l'a fait dans La Provence cette semaine, pour avoir réduit la dette en vendant le patrimoine municipal, c’est comme être grisé de l’argent frais dont on dispose quand on a monnayé sa maison. Sauf qu'Avignon n’est pas à vendre. D'autant que cette stratégie n'est pas si efficace qu'annoncé, puisque d'après Michèle Fournier-Armand (au dernier conseil municipal), relayée par la revue Capital, la dette par habitant est 30% plus elevée que ce que communique la mairie.
Une nouvelle dynamique viendra d’un engagement financier massif pour nos quartiers. Pour des tas de raisons. D'abord parce que le potentiel humain se trouve là. D'autre part parce que la réserve foncière disponible pour l'investissement économique s'y trouve aussi pour une large part. En troisième lieu parce que l'on peut songer à restructurer, y compris avec des démolitions, certains lieux vétustes de l'extra muros, alors que cela est beaucoup plus difficile à faire dans le secteur sauvegardé. En quatrième lieu parce qu'avec un engagement déterminé dans la lutte contre le chômage et la formation professionnelle dans les zones sous contrat de ville, on augmentera le travail et la productivité du travail dans l'ensemble de la commune. Comme en caricaturant un peu l'augmentation du travail, de la productivité du travail, et du capital constituent les trois leviers de la croissance, on perçoit que des efforts de l'administration municipale en matière de formation et d'incitation à l'embauche complèteraient bien une politique de réaménagement urbain dégageant de l'espace pour l'investissement productif privé. Par ailleurs, recentrer une partie de l'effort municipal sur les individus apporterait des résultats différents par rapport aux dispositifs de type zone franche, qui sont peu contraignants en matière d'incitation à l'emploi des habitants des lieux (voir l'article concernant la ZFU). Le besoin de rénovation urbaine est criant, pas besoin d'être urbaniste pour le constater, mais les urbanistes vous le confirmeront. Ne pas faire de l'investissement dans les quartiers une priorité politique est plus qu'injuste, cela revient à diminuer les capacités de croissance de la ville dans le futur. Et cela concourre à faire des zones reléguées des cocottes minutes en matière de revendications, et parfois de violence.
Or actuellement l’investissement municipal est avant tout destiné à l’embellissement de l’hyper-centre, contrairement à l’impôt, qui pour l’essentiel est prélevé en dehors des remparts. Le chiffre détaillant les revenus fiscaux de la ville par zone géographique est introuvable, nous avons longuement enquêté la dessus. Nous invitons d'ailleurs la mairie à révéler publiquement ces chiffres, qui seraient du plus haut intérêt. Mais, ne serait-ce que par le rapport du nombre d'habitants (environ 7 pour 1 en extra muros par rapport à l'intra), il est évident que les ressources fiscales sont plus élevées en provenance de l'extra muros. Le ratio entre investissement intra muros et extra muros est en revanche plus facile à calculer. Il est de l'ordre de 10 à 15 pour 1. 10 à 15 fois plus d'investissement dans l'intra muros que dans l'extra muros avec l'équipe actuelle, c'est inique, nous l'avons déjà souligné dans un billet précédent. Madame le maire, c’est Robin des Bois à l’envers, qui prélève les ressources dans les quartiers en difficulté pour financer l’investissement dans les zones les plus riches.
Il se crée environ 500 emplois par an dans cette ville, c’est trop peu au regard de l’augmentation de la population. C’est pourquoi le taux de chômage baisse moins qu’ailleurs. Et voilà qu’on nous promet 3000 emplois en 5 ans rien qu’à Courtine, Agroparc, et dans la zone franche. Ces bassins d’emplois en totalisent actuellement environ 6000. Promettre 3000 emplois là bas, cela revient à peu près à nous dire que la ville va créer 5 fois plus d’emplois qu’elle ne le fait depuis 13 ans. Il y a des régions du monde où de tels taux de croissance sont possibles. Mais pas à Avignon, où le développement sera heureusement plus doux pour être durable. On crierait à l’imposture si ces promesses d'emploi venaient d’un candidat inexpérimenté. Venant d’un maire en place, on se demandera simplement si l'on peut faire autrement que de la reconduire pour encore six longues années. Espérons que les autres candidats promettront un meilleur équilibre des investissements, de manière à ce que les créations d'emplois, quelles que soient leur nombre, concernent aussi ceux qui voient l'avenir en noir. (de Brigetoun : quand ils voient un avenir)
S’adresser un satisfecit, comme Marie Josée Roig l'a fait dans La Provence cette semaine, pour avoir réduit la dette en vendant le patrimoine municipal, c’est comme être grisé de l’argent frais dont on dispose quand on a monnayé sa maison. Sauf qu'Avignon n’est pas à vendre. D'autant que cette stratégie n'est pas si efficace qu'annoncé, puisque d'après Michèle Fournier-Armand (au dernier conseil municipal), relayée par la revue Capital, la dette par habitant est 30% plus elevée que ce que communique la mairie.
Une nouvelle dynamique viendra d’un engagement financier massif pour nos quartiers. Pour des tas de raisons. D'abord parce que le potentiel humain se trouve là. D'autre part parce que la réserve foncière disponible pour l'investissement économique s'y trouve aussi pour une large part. En troisième lieu parce que l'on peut songer à restructurer, y compris avec des démolitions, certains lieux vétustes de l'extra muros, alors que cela est beaucoup plus difficile à faire dans le secteur sauvegardé. En quatrième lieu parce qu'avec un engagement déterminé dans la lutte contre le chômage et la formation professionnelle dans les zones sous contrat de ville, on augmentera le travail et la productivité du travail dans l'ensemble de la commune. Comme en caricaturant un peu l'augmentation du travail, de la productivité du travail, et du capital constituent les trois leviers de la croissance, on perçoit que des efforts de l'administration municipale en matière de formation et d'incitation à l'embauche complèteraient bien une politique de réaménagement urbain dégageant de l'espace pour l'investissement productif privé. Par ailleurs, recentrer une partie de l'effort municipal sur les individus apporterait des résultats différents par rapport aux dispositifs de type zone franche, qui sont peu contraignants en matière d'incitation à l'emploi des habitants des lieux (voir l'article concernant la ZFU). Le besoin de rénovation urbaine est criant, pas besoin d'être urbaniste pour le constater, mais les urbanistes vous le confirmeront. Ne pas faire de l'investissement dans les quartiers une priorité politique est plus qu'injuste, cela revient à diminuer les capacités de croissance de la ville dans le futur. Et cela concourre à faire des zones reléguées des cocottes minutes en matière de revendications, et parfois de violence.
Or actuellement l’investissement municipal est avant tout destiné à l’embellissement de l’hyper-centre, contrairement à l’impôt, qui pour l’essentiel est prélevé en dehors des remparts. Le chiffre détaillant les revenus fiscaux de la ville par zone géographique est introuvable, nous avons longuement enquêté la dessus. Nous invitons d'ailleurs la mairie à révéler publiquement ces chiffres, qui seraient du plus haut intérêt. Mais, ne serait-ce que par le rapport du nombre d'habitants (environ 7 pour 1 en extra muros par rapport à l'intra), il est évident que les ressources fiscales sont plus élevées en provenance de l'extra muros. Le ratio entre investissement intra muros et extra muros est en revanche plus facile à calculer. Il est de l'ordre de 10 à 15 pour 1. 10 à 15 fois plus d'investissement dans l'intra muros que dans l'extra muros avec l'équipe actuelle, c'est inique, nous l'avons déjà souligné dans un billet précédent. Madame le maire, c’est Robin des Bois à l’envers, qui prélève les ressources dans les quartiers en difficulté pour financer l’investissement dans les zones les plus riches.
Il se crée environ 500 emplois par an dans cette ville, c’est trop peu au regard de l’augmentation de la population. C’est pourquoi le taux de chômage baisse moins qu’ailleurs. Et voilà qu’on nous promet 3000 emplois en 5 ans rien qu’à Courtine, Agroparc, et dans la zone franche. Ces bassins d’emplois en totalisent actuellement environ 6000. Promettre 3000 emplois là bas, cela revient à peu près à nous dire que la ville va créer 5 fois plus d’emplois qu’elle ne le fait depuis 13 ans. Il y a des régions du monde où de tels taux de croissance sont possibles. Mais pas à Avignon, où le développement sera heureusement plus doux pour être durable. On crierait à l’imposture si ces promesses d'emploi venaient d’un candidat inexpérimenté. Venant d’un maire en place, on se demandera simplement si l'on peut faire autrement que de la reconduire pour encore six longues années. Espérons que les autres candidats promettront un meilleur équilibre des investissements, de manière à ce que les créations d'emplois, quelles que soient leur nombre, concernent aussi ceux qui voient l'avenir en noir. (de Brigetoun : quand ils voient un avenir)
mercredi 23 janvier 2008
NAIRU : une machine de guerre contre les salaires (envoyé par l'ami Gilbert)
Selon l’INSEE, le chômage touchait 8,3 % de la population active (1 942 000 personnes) à la fin du troisième trimestre 2007. Si l’on additionne toutes les catégories de demandeurs d’emploi, le chiffre est notablement plus important : 3 138 000 personnes (selon Alternatives économiques de janvier 2008), soit aux alentours de 13,5 % de la population active. Ajoutons-y les radiations (+23 % en un an selon la CGT) et toutes celles et ceux qui renoncent par découragement à fréquenter les couloirs de l’ANPE.
Malgré la baisse claironnée par le gouvernement et les médias à ses ordres, le chômage de masse reste une réalité qui gangrène fortement la société française. Fatalité ? « En matière de lutte contre le chômage, on a tout essayé », déclarait François Mitterrand, le 14 juillet 1993. Ou volonté politique ?
En fait, le maintien d’un taux de chômage élevé ne doit rien aux « lois » de l’économie ou à quelque mystérieuse fatalité.
Sous le couvert du NAIRU (1), c’est sciemment que la Banque centrale européenne et son président, Jean-Claude Trichet, organisent et entretiennent le chômage de masse. Sans considération aucune pour les millions de familles plongées ainsi dans l’angoisse et pour certaines dans la misère. Pour comprendre la situation, il n’est pas inutile de revenir sur quelques théories économiques en vogue. Selon les monétaristes, héritiers de Milton Friedman et des « Chicago boys », qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps en matière de discours économique, pour faire baisser ce chômage contre lequel « on a tout essayé » il n’y a tout simplement… rien à faire ! Il existerait un « chômage naturel », variant suivant les lieux et les époques, un chômage incompressible contre lequel toute politique macroéconomique serait non seulement inefficace mais de plus nuisible car génératrice d’inflation. Ce taux de chômage reposerait essentiellement sur le refus des travailleurs d’accepter un salaire jugé trop faible. Ce serait donc un chômage volontaire ! Ce taux de chômage naturel serait d’autant plus bas que la flexibilité du travail serait plus importante.
Mais où ont-ils été pêcher le Nairu ! En 1980, James Tobin, s’appuyant sur les travaux des économistes Franco Modigliani et Lucas Papademos, formalise un nouveau concept : le NAIRU. Un calcul permettant de définir le niveau du taux de chômage ne générant pas de poussée inflationniste. Selon ce concept, quand le chômage est trop bas, les salariés sont encouragés à revendiquer des hausses de salaires ce qui conduit les entreprises à augmenter leurs prix pour préserver leurs marges. Le tout entraîne une augmentation de l’inflation. Si le taux de chômage coïncide avec le NAIRU la pression exercée permet de modérer les augmentations salariales et il n’y a donc pas d’inflation. Un espèce d’optimum du rapport chômage/inflation.
Le NAIRU est donc, au départ, un simple outil d’analyse économique parmi d’autres. Et, contrairement aux théories monétaristes, il ne conclut pas à l’inutilité de politiques macroéconomiques. En acceptant, par exemple, un taux d’inflation supérieur à celui que générerait un alignement strict sur le NAIRU il serait possible de réduire le chômage, à tout le moins de manière conjoncturelle. Sur le long terme, ses adeptes rejoignent les monétaristes sur la nécessité de modifier la structure du marché du travail si l’on veut faire baisser durablement le taux de chômage. Le problème réside dans l’usage politique qui en est fait. Car évidemment, c’est l’aspect rapport optimum chômage/inflation qui est retenu aujourd’hui par les libéraux. Pour les dirigeants de la sphère économique, finalement, NAIRU et chômage naturel c’est du pareil au même. On peut supposer que si c’est le terme NAIRU qui est généralement utilisé, c’est tout bêtement pour donner un alibi et un habillage « scientifiques » à la politique de guerre sociale initiée par le capital.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le seul remède au chômage de masse résiderait dans l’administration de la sempiternelle et amère potion libérale. Baisse des impôts et taxes sur les bénéfices des entreprises, baisse ou exonération des cotisations sociales patronales, déréglementation du droit du travail au bénéfice des patrons... Flexibilité, précarité, bas salaires, baisse des indemnisations chômage, mobilité, réduction de la protection sociale et du niveau des pensions pour les travailleurs… Tous ingrédients constitutifs de la politique de « réforme » initiée par la droite et grâce auxquels Nicolas Sarkozy nous promet un chômage à 5 % à l’horizon 2012. Du travail pour « presque » tous, mais un travail précaire, sous-payé, une retraite au rabais de plus en plus longue à obtenir. Le cauchemar des rentiers : quand la rente fond, fond, fond !
Lorsque les économistes parlent du chômage, ils s’intéressent en fait à tout autre chose. Leur vraie crainte c’est l’inflation. L’inflation survient lorsque la masse monétaire excède exagérément la valeur des biens et services créés par l’économie réelle et entraîne une dépréciation de la monnaie. Elle correspond à la hausse générale des prix dans une économie, et serait selon Milton Friedman "de tous temps et en tous lieux de nature monétaire et due à un excès de monnaie". Mais attention, il s’agit de la hausse des prix à la consommation, pas de celle des actifs, immobiliers ou financiers par exemple, considérés, eux, comme des investissements. La nuance est importante. Peu importe, par exemple, l’injection massive de liquidités dans le système financier (mise en œuvre aujourd’hui par exemple pour tenter de contrer la crise des subprimes) ou la valorisation irrationnelle des actifs financiers à grands coups de manœuvres spéculatives initiées par les hedge funds (2)… Cet excès de monnaie-là ne gène pas nos divers Jean-Marc Sylvestre puisqu’il s’agit, on l’a vu, d’investissements et donc d’espoir de gains financiers futurs.
Non, ce qui obsède à ce point nos économistes, et avec eux les banquiers, notamment les gouverneurs des banques centrales, c’est la hausse des prix à la consommation qui à terme grignote les revenus des rentiers et les profits des capitalistes. En période d’inflation, et donc, si l’on se réfère au NAIRU, de taux de chômage relativement bas, les salariés sont au maximum de leur capacité d’exiger des augmentations de salaire. Et donc les capitalistes sont « contraints » d’augmenter les prix pour préserver leur marge de profit et les dividendes versés aux actionnaires. Remarquons qu’il suffirait de réduire proportionnellement la part des profits et donc des dividendes versés, tout en conservant une marge suffisante réservée à l’investissement productif, pour que l’effet inflationniste de la hausse des salaires soit fortement amoindri. Mais cela, bien évidemment il n’est pas question une seule minute de l’envisager ! Surtout dans un système où les actionnaires exigent des retours sur investissement toujours plus rapides et abondants. Dans l’absolu, les salariés peuvent toujours donc s’accommoder d’une inflation un peu plus forte en revendiquant des augmentations de salaires et leur indexation sur les prix (l’échelle mobile des salaires). Pas les rentiers ! Pour eux l’inflation est une véritable taxe sur la fortune. Lorsque la monnaie se déprécie, la valeur de l’épargne s’amenuise, le taux d’intérêt réel baisse et les riches se retrouvent chaque jour un peu moins riches.
"L'inflation, c'est l'euthanasie des rentiers" disait Keynes. Le mal absolu… pour les détenteurs du capital et l’on comprend l’enthousiasme avec les « décideurs » économiques se sont saisis du NAIRU ! « Le pire ennemi des profits financiers c’est le plein emploi » De ce qui n’était qu’une forme de calcul du rapport chômage/inflation, les décideurs économiques et politiques libéraux ont fait un taux minimum de chômage « souhaitable », nonobstant le fait que la justesse et la pertinence des calculs effectués n’ont jamais été démontrés. Souhaitable et minimum parce qu’il représente le taux au niveau duquel la pression sur les salaires est suffisamment forte pour éviter l’inflation et donc la dépréciation de la rente. Minimum et souhaitable parce qu’il permet aux profits capitalistes de se tailler la part du lion dans la répartition de la richesse produite. Et comme c’était « souhaitable et minimum » ils l’ont organisé ! Et, de fait, depuis 25 ans, les taux de chômage observés en Europe ont quasiment toujours été supérieurs au NAIRU ! C’est cette politique visant à maintenir le taux de chômage au-dessus du NAIRU qui est déterminée par le pacte de stabilité de Maastricht et est mise en œuvre quotidiennement par la Banque centrale européenne et son président Jean-Claude Trichet. Profits contre salaires, utilisation du chômage comme arme de guerre contre le salariat, on est en pleine lutte des classes.
Exagération ? Voire ! C’est par exemple, Franco Modigliani (prix Nobel d’économie (3) 1985 et professeur au MIT – pas précisément un archéomarxiste !), l’un des « créateurs » du NAIRU, qui déclarait, le 5 avril 2000 dans le cadre de l'audition publique organisée par la commission économique et monétaire du Parlement européen : « la BCE programme le chômage » (4) ; il réitérait quelques temps après lors d’une conférence donnée à Freiburg : « Le chômage est principalement [...] le résultat de politiques macroéconomiques erronées [les décisions des Banques Centrales], inspirées par une crainte obsessionnelle de l'inflation [...] et une attitude considérant le chômage comme quantité négligeable ("a benign neglect for unemployment") [...], apparemment basées sur une utilisation critiquable de la soi-disant approche du NAIRU » (5). Plus crûment, interrogé le 7 mai 2005 sur France Info, le chef stratégiste de chez VP finance, François Chevalier, alors qu’on l’interroge sur les perspectives boursières dans les mois à venir, répond : « Le pire ennemi des profits financiers c’est le plein emploi […] or, nous sommes loin du plein emploi. » Un connaisseur, à n’en pas douter ! Taux d’emploi minimal pour profit maximal ! Pour Milton Friedman, les premiers responsables de l’inflation sont les Etats. En utilisant exagérément la planche à billet, ils créent une masse excédentaire de monnaie qui leur permet de financer à bon marché les déficits publics et d’alléger la dette en diminuant le recours à l’emprunt… Ils ont de plus la maîtrise du taux d’intérêt proposé. En le baissant ils rendent plus facile le recours au crédit pour les entreprises et les ménages et peuvent ainsi encourager la relance par la demande, ce qui va augmenter l’inflation, et baisser le taux d’intérêt réel (taux d’intérêt moins inflation) ce qui appauvrit les titulaires de rente fixe. La première mesure est donc de leur retirer ce pouvoir régalien.
Et c’est très exactement ce qu’a fait l’Union européenne. Priver les Etats de la capacité de mener des politiques macroéconomiques en utilisant le levier de la monnaie, notamment en monétisant les déficits, pour confier la responsabilité de la création monétaire à un système européen de banques centrales dirigé par la Banque centrale européenne. Une banque « indépendante » y compris d’un éventuel gouvernement européen. A ce système est confié l’objectif principal de « maintenir la stabilité des prix.. Sans préjudice de cet objectif, il apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union pour contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci » (article I-30 du projet de traité constitutionnel européen). Le même projet de traité constitutionnel (aucunement modifié par le traité simplifié cher à Sarkozy) qui affirmait : « L’Union œuvre pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive qui tend au plein emploi et au progrès social […] » Autrement dit
l’emploi, c’est après, si on peut ! Comme aime à le dire M. Trichet : « inflation comes first » (l’inflation d’abord). Les Etats européens, ainsi privés du pouvoir de battre monnaie sont mis dans l’impossibilité d’utiliser le levier monétaire pour financer, par exemple, des politiques de relance par l’investissement public et mis dans l’obligation d’emprunter des capitaux considérables ce qui a pour effet de consolider les taux d’intérêt élevés (taux d’intérêt qui renchérissent l’investissement en biens d’équipement et obèrent donc la croissance) décidés par la BCE… et les bénéfices des détenteurs de la dette. Laquelle BCE a fixé tout à fait arbitrairement le taux d’inflation souhaitable à 2%. Un taux bas entraînant donc, NAIRU oblige, un taux de chômage élevé. Et lorsque l’inflation atteint 3% en novembre 2007 en zone euro, M. Trichet déclare « En agissant fermement et à temps (...), le Conseil des gouverneurs fera en sorte que les effets de second tour et que les risques pour la stabilité des prix à moyen terme ne se matérialisent pas". Pour mémoire, rappelons que les « effets de second tour » dans le jargon économique c’est avant tout les hausses de salaire ! Et s’il fallait un élément supplémentaire, citons Jean-Pierre Petit, responsable de la recherche économique et de la stratégie d'investissement chez Exane BNP-Paribas, dans Le Monde du 29 janvier 2007 : « La profitabilité des entreprises restera structurellement élevée, grâce à la mondialisation, la productivité élevée, la FAIBLESSE des créations d'emplois et la faiblesse des charges financières. » A ce stade, le doute n’est plus vraiment permis. Le chômage est bien utilisé sciemment comme un moyen de contrôle social permettant de maintenir les salariés dans l’angoisse des lendemains, modérer les revendications salariales et permettre de restructurer « à la baisse » le marché du travail… Le chômage est une arme de guerre sociale contre les salariés ! Un instrument employé pour faire baisser la part des salaires dans la répartition de la richesse créée et préserver ainsi les marges des entreprises, c’est-à-dire en fait le taux de profit des capitalistes et les revenus des détenteurs de la dette !
Et tout cela au nom du NAIRU… Harponnons le NAIRU ! Christian Gourdet
NOTES :
(1) Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment (taux de chômage n’accélérant pas l’inflation). Le NAIRU se calcule à l’aide de formules mathématiques que nous invitons les férus d’économétrie et de chiffres à découvrir, par exemple, sur Wikipédia.
(2) Les hedge funds sont des fonds d'investissement non cotés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées. Ils utilisent l’effet de levier, c’est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux qui soit un multiple plus ou moins grand de la valeur de leurs capitaux propres.
(3) Titulaire, en fait, du Prix de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, puisque le Prix Nobel d'économie n’existe pas… l'économie n'ayant jamais été reconnue comme une science par la fondation Nobel. (4) http://www.europarl.eu.int/press/sdp/dirinf/fr/d000405.htm
(5) http://www.fdewb.unimaas.nl/algec/staff/framespages/muysken/Aggregate%20demand%20should%20do%20the%20job.pdf
POUR EN SAVOIR PLUS : Voir le site très fourni « Le nom de la ruse » : http://lenairu.blogspot.com/
Selon l’INSEE, le chômage touchait 8,3 % de la population active (1 942 000 personnes) à la fin du troisième trimestre 2007. Si l’on additionne toutes les catégories de demandeurs d’emploi, le chiffre est notablement plus important : 3 138 000 personnes (selon Alternatives économiques de janvier 2008), soit aux alentours de 13,5 % de la population active. Ajoutons-y les radiations (+23 % en un an selon la CGT) et toutes celles et ceux qui renoncent par découragement à fréquenter les couloirs de l’ANPE.
Malgré la baisse claironnée par le gouvernement et les médias à ses ordres, le chômage de masse reste une réalité qui gangrène fortement la société française. Fatalité ? « En matière de lutte contre le chômage, on a tout essayé », déclarait François Mitterrand, le 14 juillet 1993. Ou volonté politique ?
En fait, le maintien d’un taux de chômage élevé ne doit rien aux « lois » de l’économie ou à quelque mystérieuse fatalité.
Sous le couvert du NAIRU (1), c’est sciemment que la Banque centrale européenne et son président, Jean-Claude Trichet, organisent et entretiennent le chômage de masse. Sans considération aucune pour les millions de familles plongées ainsi dans l’angoisse et pour certaines dans la misère. Pour comprendre la situation, il n’est pas inutile de revenir sur quelques théories économiques en vogue. Selon les monétaristes, héritiers de Milton Friedman et des « Chicago boys », qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps en matière de discours économique, pour faire baisser ce chômage contre lequel « on a tout essayé » il n’y a tout simplement… rien à faire ! Il existerait un « chômage naturel », variant suivant les lieux et les époques, un chômage incompressible contre lequel toute politique macroéconomique serait non seulement inefficace mais de plus nuisible car génératrice d’inflation. Ce taux de chômage reposerait essentiellement sur le refus des travailleurs d’accepter un salaire jugé trop faible. Ce serait donc un chômage volontaire ! Ce taux de chômage naturel serait d’autant plus bas que la flexibilité du travail serait plus importante.
Mais où ont-ils été pêcher le Nairu ! En 1980, James Tobin, s’appuyant sur les travaux des économistes Franco Modigliani et Lucas Papademos, formalise un nouveau concept : le NAIRU. Un calcul permettant de définir le niveau du taux de chômage ne générant pas de poussée inflationniste. Selon ce concept, quand le chômage est trop bas, les salariés sont encouragés à revendiquer des hausses de salaires ce qui conduit les entreprises à augmenter leurs prix pour préserver leurs marges. Le tout entraîne une augmentation de l’inflation. Si le taux de chômage coïncide avec le NAIRU la pression exercée permet de modérer les augmentations salariales et il n’y a donc pas d’inflation. Un espèce d’optimum du rapport chômage/inflation.
Le NAIRU est donc, au départ, un simple outil d’analyse économique parmi d’autres. Et, contrairement aux théories monétaristes, il ne conclut pas à l’inutilité de politiques macroéconomiques. En acceptant, par exemple, un taux d’inflation supérieur à celui que générerait un alignement strict sur le NAIRU il serait possible de réduire le chômage, à tout le moins de manière conjoncturelle. Sur le long terme, ses adeptes rejoignent les monétaristes sur la nécessité de modifier la structure du marché du travail si l’on veut faire baisser durablement le taux de chômage. Le problème réside dans l’usage politique qui en est fait. Car évidemment, c’est l’aspect rapport optimum chômage/inflation qui est retenu aujourd’hui par les libéraux. Pour les dirigeants de la sphère économique, finalement, NAIRU et chômage naturel c’est du pareil au même. On peut supposer que si c’est le terme NAIRU qui est généralement utilisé, c’est tout bêtement pour donner un alibi et un habillage « scientifiques » à la politique de guerre sociale initiée par le capital.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le seul remède au chômage de masse résiderait dans l’administration de la sempiternelle et amère potion libérale. Baisse des impôts et taxes sur les bénéfices des entreprises, baisse ou exonération des cotisations sociales patronales, déréglementation du droit du travail au bénéfice des patrons... Flexibilité, précarité, bas salaires, baisse des indemnisations chômage, mobilité, réduction de la protection sociale et du niveau des pensions pour les travailleurs… Tous ingrédients constitutifs de la politique de « réforme » initiée par la droite et grâce auxquels Nicolas Sarkozy nous promet un chômage à 5 % à l’horizon 2012. Du travail pour « presque » tous, mais un travail précaire, sous-payé, une retraite au rabais de plus en plus longue à obtenir. Le cauchemar des rentiers : quand la rente fond, fond, fond !
Lorsque les économistes parlent du chômage, ils s’intéressent en fait à tout autre chose. Leur vraie crainte c’est l’inflation. L’inflation survient lorsque la masse monétaire excède exagérément la valeur des biens et services créés par l’économie réelle et entraîne une dépréciation de la monnaie. Elle correspond à la hausse générale des prix dans une économie, et serait selon Milton Friedman "de tous temps et en tous lieux de nature monétaire et due à un excès de monnaie". Mais attention, il s’agit de la hausse des prix à la consommation, pas de celle des actifs, immobiliers ou financiers par exemple, considérés, eux, comme des investissements. La nuance est importante. Peu importe, par exemple, l’injection massive de liquidités dans le système financier (mise en œuvre aujourd’hui par exemple pour tenter de contrer la crise des subprimes) ou la valorisation irrationnelle des actifs financiers à grands coups de manœuvres spéculatives initiées par les hedge funds (2)… Cet excès de monnaie-là ne gène pas nos divers Jean-Marc Sylvestre puisqu’il s’agit, on l’a vu, d’investissements et donc d’espoir de gains financiers futurs.
Non, ce qui obsède à ce point nos économistes, et avec eux les banquiers, notamment les gouverneurs des banques centrales, c’est la hausse des prix à la consommation qui à terme grignote les revenus des rentiers et les profits des capitalistes. En période d’inflation, et donc, si l’on se réfère au NAIRU, de taux de chômage relativement bas, les salariés sont au maximum de leur capacité d’exiger des augmentations de salaire. Et donc les capitalistes sont « contraints » d’augmenter les prix pour préserver leur marge de profit et les dividendes versés aux actionnaires. Remarquons qu’il suffirait de réduire proportionnellement la part des profits et donc des dividendes versés, tout en conservant une marge suffisante réservée à l’investissement productif, pour que l’effet inflationniste de la hausse des salaires soit fortement amoindri. Mais cela, bien évidemment il n’est pas question une seule minute de l’envisager ! Surtout dans un système où les actionnaires exigent des retours sur investissement toujours plus rapides et abondants. Dans l’absolu, les salariés peuvent toujours donc s’accommoder d’une inflation un peu plus forte en revendiquant des augmentations de salaires et leur indexation sur les prix (l’échelle mobile des salaires). Pas les rentiers ! Pour eux l’inflation est une véritable taxe sur la fortune. Lorsque la monnaie se déprécie, la valeur de l’épargne s’amenuise, le taux d’intérêt réel baisse et les riches se retrouvent chaque jour un peu moins riches.
"L'inflation, c'est l'euthanasie des rentiers" disait Keynes. Le mal absolu… pour les détenteurs du capital et l’on comprend l’enthousiasme avec les « décideurs » économiques se sont saisis du NAIRU ! « Le pire ennemi des profits financiers c’est le plein emploi » De ce qui n’était qu’une forme de calcul du rapport chômage/inflation, les décideurs économiques et politiques libéraux ont fait un taux minimum de chômage « souhaitable », nonobstant le fait que la justesse et la pertinence des calculs effectués n’ont jamais été démontrés. Souhaitable et minimum parce qu’il représente le taux au niveau duquel la pression sur les salaires est suffisamment forte pour éviter l’inflation et donc la dépréciation de la rente. Minimum et souhaitable parce qu’il permet aux profits capitalistes de se tailler la part du lion dans la répartition de la richesse produite. Et comme c’était « souhaitable et minimum » ils l’ont organisé ! Et, de fait, depuis 25 ans, les taux de chômage observés en Europe ont quasiment toujours été supérieurs au NAIRU ! C’est cette politique visant à maintenir le taux de chômage au-dessus du NAIRU qui est déterminée par le pacte de stabilité de Maastricht et est mise en œuvre quotidiennement par la Banque centrale européenne et son président Jean-Claude Trichet. Profits contre salaires, utilisation du chômage comme arme de guerre contre le salariat, on est en pleine lutte des classes.
Exagération ? Voire ! C’est par exemple, Franco Modigliani (prix Nobel d’économie (3) 1985 et professeur au MIT – pas précisément un archéomarxiste !), l’un des « créateurs » du NAIRU, qui déclarait, le 5 avril 2000 dans le cadre de l'audition publique organisée par la commission économique et monétaire du Parlement européen : « la BCE programme le chômage » (4) ; il réitérait quelques temps après lors d’une conférence donnée à Freiburg : « Le chômage est principalement [...] le résultat de politiques macroéconomiques erronées [les décisions des Banques Centrales], inspirées par une crainte obsessionnelle de l'inflation [...] et une attitude considérant le chômage comme quantité négligeable ("a benign neglect for unemployment") [...], apparemment basées sur une utilisation critiquable de la soi-disant approche du NAIRU » (5). Plus crûment, interrogé le 7 mai 2005 sur France Info, le chef stratégiste de chez VP finance, François Chevalier, alors qu’on l’interroge sur les perspectives boursières dans les mois à venir, répond : « Le pire ennemi des profits financiers c’est le plein emploi […] or, nous sommes loin du plein emploi. » Un connaisseur, à n’en pas douter ! Taux d’emploi minimal pour profit maximal ! Pour Milton Friedman, les premiers responsables de l’inflation sont les Etats. En utilisant exagérément la planche à billet, ils créent une masse excédentaire de monnaie qui leur permet de financer à bon marché les déficits publics et d’alléger la dette en diminuant le recours à l’emprunt… Ils ont de plus la maîtrise du taux d’intérêt proposé. En le baissant ils rendent plus facile le recours au crédit pour les entreprises et les ménages et peuvent ainsi encourager la relance par la demande, ce qui va augmenter l’inflation, et baisser le taux d’intérêt réel (taux d’intérêt moins inflation) ce qui appauvrit les titulaires de rente fixe. La première mesure est donc de leur retirer ce pouvoir régalien.
Et c’est très exactement ce qu’a fait l’Union européenne. Priver les Etats de la capacité de mener des politiques macroéconomiques en utilisant le levier de la monnaie, notamment en monétisant les déficits, pour confier la responsabilité de la création monétaire à un système européen de banques centrales dirigé par la Banque centrale européenne. Une banque « indépendante » y compris d’un éventuel gouvernement européen. A ce système est confié l’objectif principal de « maintenir la stabilité des prix.. Sans préjudice de cet objectif, il apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union pour contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci » (article I-30 du projet de traité constitutionnel européen). Le même projet de traité constitutionnel (aucunement modifié par le traité simplifié cher à Sarkozy) qui affirmait : « L’Union œuvre pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive qui tend au plein emploi et au progrès social […] » Autrement dit
l’emploi, c’est après, si on peut ! Comme aime à le dire M. Trichet : « inflation comes first » (l’inflation d’abord). Les Etats européens, ainsi privés du pouvoir de battre monnaie sont mis dans l’impossibilité d’utiliser le levier monétaire pour financer, par exemple, des politiques de relance par l’investissement public et mis dans l’obligation d’emprunter des capitaux considérables ce qui a pour effet de consolider les taux d’intérêt élevés (taux d’intérêt qui renchérissent l’investissement en biens d’équipement et obèrent donc la croissance) décidés par la BCE… et les bénéfices des détenteurs de la dette. Laquelle BCE a fixé tout à fait arbitrairement le taux d’inflation souhaitable à 2%. Un taux bas entraînant donc, NAIRU oblige, un taux de chômage élevé. Et lorsque l’inflation atteint 3% en novembre 2007 en zone euro, M. Trichet déclare « En agissant fermement et à temps (...), le Conseil des gouverneurs fera en sorte que les effets de second tour et que les risques pour la stabilité des prix à moyen terme ne se matérialisent pas". Pour mémoire, rappelons que les « effets de second tour » dans le jargon économique c’est avant tout les hausses de salaire ! Et s’il fallait un élément supplémentaire, citons Jean-Pierre Petit, responsable de la recherche économique et de la stratégie d'investissement chez Exane BNP-Paribas, dans Le Monde du 29 janvier 2007 : « La profitabilité des entreprises restera structurellement élevée, grâce à la mondialisation, la productivité élevée, la FAIBLESSE des créations d'emplois et la faiblesse des charges financières. » A ce stade, le doute n’est plus vraiment permis. Le chômage est bien utilisé sciemment comme un moyen de contrôle social permettant de maintenir les salariés dans l’angoisse des lendemains, modérer les revendications salariales et permettre de restructurer « à la baisse » le marché du travail… Le chômage est une arme de guerre sociale contre les salariés ! Un instrument employé pour faire baisser la part des salaires dans la répartition de la richesse créée et préserver ainsi les marges des entreprises, c’est-à-dire en fait le taux de profit des capitalistes et les revenus des détenteurs de la dette !
Et tout cela au nom du NAIRU… Harponnons le NAIRU ! Christian Gourdet
NOTES :
(1) Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment (taux de chômage n’accélérant pas l’inflation). Le NAIRU se calcule à l’aide de formules mathématiques que nous invitons les férus d’économétrie et de chiffres à découvrir, par exemple, sur Wikipédia.
(2) Les hedge funds sont des fonds d'investissement non cotés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées. Ils utilisent l’effet de levier, c’est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux qui soit un multiple plus ou moins grand de la valeur de leurs capitaux propres.
(3) Titulaire, en fait, du Prix de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, puisque le Prix Nobel d'économie n’existe pas… l'économie n'ayant jamais été reconnue comme une science par la fondation Nobel. (4) http://www.europarl.eu.int/press/sdp/dirinf/fr/d000405.htm
POUR EN SAVOIR PLUS : Voir le site très fourni « Le nom de la ruse » : http://lenairu.blogspot.com/


